FOLIE DES HOMMES



Du lundi 12 au dimanche 18 août 1918

MORT DE SES BLESSURES PSYCHIQUES

Louis CHAPTAL
Soldat au 90ème Régiment d’Infanterie
Mort le 30 septembre 1918 à Saint-Egrève (Isère)


Louis CHAPTAL est né le 5 décembre 1876 à Anduze, de Marius et d’Alix née Beaux. Il est cultivateur à Anduze en 1896. Alors qu'il a 20 ans, il est appelé au 11ème régiment de Dragons, libéré en 1900. Vers 1912, il habite Avignon. 



L’armée le rattrape lors de la mobilisation d’août 1914, il y reste jusqu’au 3 mars 1918, date de sa libération pour cause de "maladie imputable au service".

Après les Dragons, il a été affecté au Train des équipages, corps servant pour la logistique des armées notamment pour la gestion des transports ferroviaires. L’ironie veut qu’il ait été condamné en 1903 par le tribunal correctionnel d’Alès à 5 francs d’amende pour infraction à la loi sur la police des chemins de fer…

Louis CHAPTAL est affecté successivement :
- au 15ème escadron territorial du Train du 7 août 1914 au 7 novembre 1916,
- au 3ème escadron du Train du 7 novembre 1916 au 2 mai 1917,
- au 115ème régiment d’Infanterie Territoriale du 2 mai 1917 au 28 novembre 1917,
- au 65ème régiment d’Infanterie Territoriale du 28 novembre 1917 jusqu’à une date indéterminée,
- au 90ème Régiment d’Infanterie, probablement jusqu’au 3 mars 1918, date à laquelle il est interné à l’asile d’aliénés de Saint-Egrève (Isère).

La folie chez les Poilus a longtemps été occultée par l’histoire officielle de la guerre 14-18. Elle a pourtant concerné des centaines de milliers de soldats, dont des dizaines de milliers ont été internés, comme Louis Chaptal. Une très intéressante étude de Marie Derrien, de l’Université de Savoie Mont-Blanc a été publiée sur ce sujet sous le titre "Les fous de guerre, une histoire redécouverte", dans le cadre de la fondation du Centenaire, en voici de larges extraits :

« Pendant longtemps, les historiens qui se sont intéressés aux troubles mentaux dont ont souffert les soldats de la Grande Guerre se sont appuyés sur les ouvrages et les articles publiés dans la presse spécialisée par des neurologues et des psychiatres. Si les apports de telles sources ne sont pas négligeables, seule l'étude des archives asilaires, en particulier des dossiers nominatifs établis dans les hôpitaux, permet de faire entendre la voix des poilus internés et de restituer leurs expériences individuelles.
Depuis une dizaine d'années, l'assouplissement des conditions d'accès à ces archives a donné aux chercheurs les moyens de fonder leurs travaux sur les écrits de ces soldats ainsi que sur les témoignages qu'ils ont livrés aux médecins et aux infirmiers. Dans leur diversité, ces récits inédits racontent comment la guerre bouleverse les existences, aussi bien près de la ligne de feu que loin des combats.



En effet, si l'attention des psychiatres s'est essentiellement focalisée sur les soldats dont les troubles se sont déclarés sur le champ de bataille, les sources produites dans les hôpitaux montrent que tous les « aliénés militaires » n'ont pas fait l'expérience du front : les premiers soldats internés arrivent dans les asiles quelques jours à peine après l'entrée en guerre du pays, parfois avant même d'avoir revêtu l'uniforme. Les certificats établis par les médecins font état de l'angoisse profonde qui a saisi ces appelés dès les premiers jours d'août 1914, attestant du désespoir que suscite chez ces hommes l'annonce de la mobilisation.
Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont tenté de trouver du réconfort et du courage dans la boisson : d'après les docteurs Georges Dumas et Henri Aimé, 31 des 131 militaires entrés au Val-de-Grâce en août 1914 sont arrivés ivres, tandis qu'à la Maison nationale de Charenton, 30 % des militaires internés à la même période présentent des symptômes d'intoxication alcoolique. Certains dissimulent des souffrances indicibles sous l'apparence d'un patriotisme exacerbé. L'attitude du caporal Léon O. par exemple semble à première vue accréditer le mythe du départ « la fleur au fusil » puisque lorsqu'il quitte son foyer le 4 août, après avoir cousu le portrait de Guillaume II au fond de son pantalon, il paraît plein d'enthousiasme. « Je suis parti à la guerre avec une gaieté qui a pu laisser croire à ma femme que j'étais heureux de la quitter », affirme-t-il d'ailleurs quelques semaines plus tard aux médecins du Val-de-Grâce qu'il supplie de le laisser rentrer dans sa famille.
Si aucun chiffre précis ne peut être avancé à ce jour, les recherches les plus récentes ont établi que des dizaines de milliers de soldats français ont rejoint, durant le conflit, ces poilus qui, les premiers, ont pris le chemin de l'asile dès août 1914. Sans avoir cherché à quantifier précisément ce phénomène, les psychiatres ont signalé l'afflux de soldats dans les asiles. Certes, la plupart ont, dans un premier temps, minimisé le problème : « les cas de démences provoquées par la guerre, tant dans la population civile que parmi les militaires, sont jusqu'à présent très rares », déclare par exemple le professeur Gilbert Ballet dans les colonnes du journal le 15 novembre 1914.

Cependant, dès le mois d'octobre 1915, le médecin-major Paul Chavigny constate que le nombre de cas d'aliénation mentale s'accroît. Plus que l'enterrement des hommes dans les tranchées, c'est selon lui «l'emploi des explosifs à forte charge » qui provoque depuis janvier 1915 l'augmentation des « accidents psychiques». En 1920, les docteurs Jacques Baruk et René Bessière affirment quant à eux que l'année 1917, marquée par l'échec de l'offensive Nivelle, a constitué le « moment critique » de la guerre. En réalité, plusieurs travaux ont montré que les pics d'entrées observés dans les asiles peuvent être mis en relation avec les grandes batailles conduites par l'armée française. Ainsi, les principaux afflux de militaires se produisent dans le sillage des batailles de Verdun, de la Somme, du Chemin des Dames puis des offensives allemandes du printemps 1918 ainsi que des contre-offensives alliées. L'impact des combats sur la santé mentale des soldats est donc clairement perceptible. Les batailles qui font le plus de morts, de disparus et de prisonniers, et durant lesquelles le nombre de suicides augmente, sont également celles qui provoquent le plus de " blessures psychiques ".
Que racontent les hommes qui, évacués du front, finissent par être internés dans les asiles d'aliénés ? Lorsqu'ils sont interrogés par les médecins, c'est le plus souvent en s'appuyant sur leur expérience sensorielle qu'ils décrivent la guerre. L'univers sonore des combats occupe une place prépondérante dans leurs récits, tout comme dans les lettres et les témoignages des combattants en général. Outre le vacarme des bombardements de masse, régulièrement évoqué, l'emploi d'armes nouvelles frappe particulièrement l'esprit de ces soldats.
La mort, avec laquelle il faut cohabiter au front, est également omniprésente dans leurs discours. Jean T. explique qu'il a cessé de se nourrir en septembre 1914, car « les aliments le dégoûtaient à la vue des cadavres des chevaux et des belligérants ». Yves N. entend grincer les dents des morts et ne peut faire cesser leur bruit. Les soldats évoquent enfin comment ils se confrontent chaque jour ou presque à l'éventualité de leur propre mort. Ce moment est très précisément décrit par Louis X., pris d'un malaise après un assaut « comme [s'il allait] mourir, comme quelqu'un qui allait être tout de suite foudroyé », ou encore le caporal Victor E., incapable de manger ou de dormir, persuadé qu'il sera tué lors de la prochaine attaque. Certains pensent d'ailleurs être déjà morts, tel le soldat Wilfrid E. qui affirme qu'on lui a enlevé son âme pendant la nuit et qu'il va être enterré.


Otto Dix - La guerre
Pour ces hommes, le temps de la bataille n'est pas seulement un paroxysme de tension terrible mais ponctuel : il envahit le quotidien. Tels que leurs dossiers les donnent à voir, les soldats internés semblent privés des « échappées mentales » qui permettent à certains combattants de retrouver, l'espace de quelques heures, une forme de paix intérieure. Pour eux, le danger revêt de multiples visages, y compris celui des « camarades », ces étrangers avec lesquels il faut pourtant vivre dans une grande promiscuité, et des chefs, dont ils craignent le pouvoir. Ainsi le soldat Louis X., qui refuse tout d'abord d'expliquer au médecin ce qui l'effrayait sur le front, finit par déclarer : « J'avais peur des gradés, de tous les gradés».



Le sentiment diffus que l'on risque de faire « quelque chose de mal » est fréquemment exprimé par les patients internés à la Maison nationale de Charenton. Le danger vient alors de soi-même et naît de l'incapacité, réelle ou supposée, à remplir son rôle. Les hommes du rang s'inquiètent de ne pas appliquer correctement les ordres reçus, tandis que les gradés craignent de ne pas parvenir à se maîtriser devant leurs hommes, tel le lieutenant Alexandre de E. qui, pris de crises de larmes, ne peut commander sa section. Nombreux sont les militaires internés qui craignent d'être coupables d'une faute grave ou de s'être mis dans l'illégalité, affirment avoir comparu devant le conseil de guerre ou devoir y répondre de leurs actes prochainement. La récurrence de ce motif dans les délires des malades est d'ailleurs relevée par le professeur Jean Lépine, chef du centre de psychiatrie de la 14° région militaire, qui constate qu'il vient la plupart du temps avant la peur de l'ennemi.


Otto Dix - La guerre
Même les permissions, considérées comme bénéfiques pour le moral des combattants, ont sur certains soldats des effets psychiques dévastateurs. Un certificat établi au sujet d'Albert E. indique que ce « bon soldat » a eu « une émotion violente » le 7 juillet 1916 en apprenant qu'on venait de lui accorder une permission qu'il n'espérait pas et s'est mis à divaguer.
Par ailleurs, le retour au front, issue inévitable de la permission, constitue à lui seul une épreuve parfois insurmontable. Maxime Laignel-Lavastine, chef du centre des psychonévroses installé à l'asile de Maison-Blanche (Seine), souligne en mai 1917 la fréquence des crises hystériques, à la gare de l'Est, au moment du départ des permissionnaires pour rejoindre leur secteur ».


Louis CHAPTAL est entré à l’asile d’aliénés de Saint-Egrève (Isère) le 3 mars 1918, il y décède le 30 septembre 1918. On note que sa fiche officielle de décès note pudiquement, mais mensongèrement, qu’il est mort « à son domicile » de « maladie contractée au service ».

Il figure sur le Monument aux morts d’Anduze. Il est déclaré Mort pour la France, bien qu’il ne figure pas sur le Livre d’Or d’Anduze.
A suivre…



Références de l’article de Marie Derrien :




UN DU CENT-SIX-TROIS



Du lundi 5 au dimanche 11 août 1918

LA VIE D’UN SIMPLE SOLDAT

Abel-Louis CONILHÈRE
Soldat au 163ème Régiment d’Infanterie
Mort le 29 septembre 1918 à Anduze


Abel-Louis CONILHÈRE est né le 27 décembre 1879 à Boisset-Gaujac, d’Abel et de Clémence née Crespin. Il est cordonnier à Anduze, marié à Suzanne Brès. Sa fiche matricule ne figure pas aux archives du Gard, on ne peut donc pas suivre son parcours militaire. Sa dernière affectation a été le 163ème Régiment d’Infanterie.

Il se trouve qu’un autre soldat de ce régiment, Marius Malavialle, a publié après la guerre un livre de mémoires intitulé « Un du Cent-six-trois (163e infanterie) : pendant la guerre 1914-1918 ».


A défaut de connaître le parcours personnel d’Abel-Louis Conilhère, voici la préface de son camarade de combat :
« A mes enfants et petits-enfants, je dédie ce livre.
On n'y trouvera que le résumé de la vie d'un simple soldat d'Infanterie ayant participé à la vie commune de tous les Poilus, de la mobilisation jusqu'à la capture pendant la bataille de Verdun.
J'écris ces lignes d'après mon carnet de route tenu à jour, ce qui me permet de revivre par la pensée les diverses péripéties de la Grande Tourmente 1914-1918. Mes récits et anecdotes sont simples, sans fards. N'étant pas écrivain, je ne saurais décrire les batailles auxquelles je n'ai d'ailleurs participé qu'en millionième pion sur l'échiquier mondial. D'autres, plus qualifiés que moi-même l'ont fait, et pas mal de livres ont paru à ce sujet.
Mes récits sont véridiques ; seuls certains noms de camarades tués à l'ennemi ont été changés, afin de ne faire aucune peine aux familles des disparus qui pourraient reconnaître un des leurs.
Les faits relatés ne concernent qu'un horizon très restreint, que ce soit pendant la guerre de mouvement ou la guerre de tranchées. En effet, dans la première, ce n'est qu'une mince portion de terrain qui se déroule devant soi, dans la deuxième, le poilu ne voit que de la terre, des barbelés, et son horizon est limité à quelques centaines de mètres carrés, souvent encore moins.
J'ai souffert, comme d'ailleurs tous mes camarades, de tous les maux qu'engendre la guerre. J'ai participé à la guerre de mouvement à partir du mois d'août 1914, assauts à la baïonnette, avances, replis. Ces derniers, nombreux, hélas ! talonnés par un ennemi supérieur en nombre et en matériel. Que de jours sans repos ! Que de kilomètres de replis ! Un sac de treize kilos tirant sur les épaules et meurtrissant les chairs obligeait parfois à faire abandon de ce précieux fardeau contenant tout notre avoir. J'ai couché à la belle étoile, sous le froid, la pluie, dans la boue. J'ai mangé (Il faut vivre jusqu'à quand ?) des aliments plus ou moins avariés, reliquat du ravitaillement jeté dans les fossés par les Services de l'Intendance. Mon tour de garde venait aussi dans les tranchées et souvent au « Poste d'écoute », à quelques mètres seulement de l'ennemi, dans un trou plein d'eau, avec échange de grenades, de part et d'autres, et cela pendant douze heures de nuit.
J'ai creusé, tel un terrassier, remué des milliers de mètres cubes de terre ou de fange, dans des conditions d'inconfort inhumain, cela afin de me mettre à l'abri de la mitraille qui faisait rage.
J'ai assisté à des attaques de tranchées où les pertes, dans les deux camps, se chiffraient par centaines de morts ou blessés, tout cela pour quelques mètres de terrain qu'on devait abandonner quelques jours plus tard, et parfois, le jour même.


J'ai vécu dans la boue, comme des loques de terre, prisonnier de cette fange qui s'agglutinait à vos pieds, vous retenant au sol comme pour vous y ensevelir. Que les heures paraissaient longues, quel cruel supplice pour des enfants de vingt ans ! Et ces morts jonchant le sol de la tranchée, défigurés, hachés, hideux, des corps sans tête, d'autres amputés de plusieurs membres, tous ces malheureux crispés, les yeux jaillissant des orbites, un rictus ressemblant à d'affreuses grimaces et laissant supposer que même morts, ils vivaient encore leurs souffrances.
Que dire de ces indésirables (les poux), dont notre corps était saturé ? C'était des démangeaisons à se gratter avec le fourreau de la baïonnette, sans pouvoir s'en débarrasser. Les infiniment petits presque invisibles, donnaient autant de souci aux combattants et, quand l'irritation atteignait son apogée, il ne restait plus qu'à poser la culotte et à griller toutes les coutures à l'aide du briquet : un grésillement, une odeur de roussi, et les poux brûlaient ainsi que la culotte.
Des bombardements sans relâche dans nos tranchées vous laissaient à l'état de loques humaines ; l'odeur de la poudre desséchait les gosiers, et seul remède à cela, lécher les rondins humides des abris pour calmer la soif. Dans les moments critiques, nous eussions volontiers donné un de nos membres pour sortir de l'enfer.
J'ai fait des corvées de ravitaillement, en tant que volontaire afin de permettre l'accession aux tranchées de ravitaillement qu'on prenait alors à plusieurs kilomètres à l'arrière, dans un terrain battu par l'artillerie où la boue collait aux chaussures, rendant ainsi la marche très pénible. Cinq à six heures étaient nécessaires pour l'aller et retour, et encore bien content quand la corvée arrivait au complet ! Combien de fois n'ai-je pas assisté à la « morgue » (cabane en roseaux) à la reconnaissance d'un camarade tué à l'ennemi, parmi tant d'autres inconnus ; cela afin de lui donner une modeste sépulture. Enveloppé dans une toile de tente, quelques branches dessus, quarante centimètres de terre, une croix de bois, son nom, son régiment, le képi sur la croix, voilà ses funérailles. Certains camarades, malgré leurs pieds gelés n'étaient pas exempts de tranchées, le major ne les ayant pas jugés propres à l'évacuation. Tout cela, en somme, résume bien la vie des Combattants, pauvres hères voués à la chair à canon, alors que d'autres, devenus « tabous », dans certains dépôts, faisaient la noce à l'arrière ».


Le 163e régiment d'infanterie, originaire des Alpes-Maritimes, s'est illustré dans les combats dans la zone de Flirey de mars 1915 à mars 1916 et va subir de nombreux assauts allemands lors de l'offensive de la Marne. Placé devant le bois de Mortmare, il tient la ligne de défense en direction de Toul et de Verdun. Pendant 11 mois le régiment niçois s'y fait massacrer afin de contenir l'ennemi.
             
La campagne de Flirey compte parmi les combats les plus pénibles du fait de sa longueur, de son intensité et des pertes provoquées par une artillerie monstrueuse. La souffrance des poilus atteint son apogée dans cette guerre des tranchées au point que des mutineries éclatent. Le régiment perd 40 officiers. 3 600 hommes sont tués, blessés ou disparus, soit la quasi-totalité de son effectif.

Un épisode tragique va marquer l'histoire de Flirey. Afin d'enlever les derniers 200 m de tranchées occupées par les Allemands au cœur de cette première ligne de front devant Flirey, une attaque doit avoir lieu le 19 avril 1915 au niveau du bois de Mortmare. Tiré au sort, le deuxième bataillon du 163e régiment d'infanterie doit mener la charge, malgré la fatigue et sa participation aux combats du début du mois d'avril lors de l'offensive de la Woëvre. Au signal de l'attaque, les 250 hommes de la compagnie refusent d'attaquer. Ce refus d'obéissance entraîne la constitution d'un conseil de guerre. Deux caporaux et trois soldats comparaissent, deux ont été tirés au sort et trois désignés par leur hiérarchie parce qu’ils sont, dit-on, affiliés au syndicat de la CGT dans le civil.
                     
Le 20 avril 1915, quatre des cinq inculpés sont fusillés près de Manonville. Il s'agit du caporal Antoine Morange, du soldat Félix François Louis Baudy, du soldat Henri Jean Presbot, du soldat François Fontanaud. Ils seront réhabilités en juin 1934.


On ignore les épisodes auxquels Abel-Louis CONILHÈRE a assisté ou participé, faute de connaître son parcours. Il a été réformé n° 1 en raison d'une blessure invalidante du fait de guerre, mais on ne sait pas à quelle date. Il est mort le 29 septembre 1918, à son domicile place du Marché à Anduze. Il figure sur le Monument aux morts et sur le Livre d’Or d’Anduze. La mention "Mort pour la France" a été ajoutée en marge de son acte de décès le 2 juillet 1920.
A suivre…

On peut lire l’ouvrage de Marius Malavialle sur le site de la BnF :

Nous avons déjà évoqué l’histoire de l’un des soldats de ce 163 RI, Fabre Eloi-Félix-Eugène, passé par les armes le 26 août 1915. Voir la semaine 56 de ce blog.


MÉMOIRE FAMILIALE



Du lundi 29 juillet au dimanche 4 août 1918

BRAVE ET EXCELLENT SOLDAT, TRÈS COURAGEUX

Franck-René ROUMAJON
Soldat au 363ème Régiment d’Infanterie
Mort le 26 septembre 1918 à Fontaine en Dormois (Marne)


Franck-René ROUMAJON est né le 23 juillet 1898 à Tornac, de Daniel et d’Emma née Roux. En 1917, il est cultivateur, il a un bon degré d’instruction.
Il est incorporé le 3 mai 1917 dans le 3ème Régiment d’Infanterie qui combat à ce moment-là dans les Flandres vers Nieuport, en pleine guerre des gaz.


Il passe au 363ème Régiment d’Infanterie le 30 mars 1918, juste à temps pour subir dans l’Aisne, sur la rive gauche de l’Ailette, une très forte attaque allemande le 6 avril. 21 officiers et 1 061 hommes de troupe y sont tués.

Puis le 363 RI est déplacé vers la Champagne, où se prépare une grande offensive. Il y occupe pendant quelques mois le secteur de Massiges, de sinistre mémoire.

Tranchées restantes de Massiges
A partir du 8 septembre 1918, des préparatifs sont en place en Champagne et en Argonne. Le front d’attaque allié porte sur 70 kilomètres. L'armée française aligne pour l’occasion sept corps d'armée en première ligne. Derrière cette première ligne, se tiennent en réserve 12 divisions d'infanterie et 3 de cavalerie. La première armée américaine du général Pershing dispose, quant à elle, en première ligne, de 3 Corps d'armée.
Devant ce front alliés et, derrière des fortifications "en dur", une partie de la première armée allemande du général von Mudra ; la 3e armée de von Einem, appartenant au groupe d'armées du Kronprinz, et, la Ve armée allemande, appartenant au groupe d'armées de von Gallwitz, se tiennent prêtes. Les Allemands disposent en ce lieu précis du front de : 20 divisions, dont 4 en seconde ligne (équivalent français : 24 divisions).
Les effectifs des adversaires sont donc approximativement équivalents en quantité lors du déclenchement des opérations. Les Français bénéficient toutefois d’un moral d’acier par rapport aux Allemands qui ne cessent d’être défaits et abattus moralement…
Nerveux, les Allemands multiplient les reconnaissances par l’aviation, les coups de sonde, les tirailleries de nuit sans motif apparent.
Ils calquent également leur réaction en fonction du dispositif adopté par la 4e Armée française lors de la dernière bataille de Champagne. Enfin, ils évacuent leurs premières lignes et optent pour un dispositif défensif "tout en profondeur".
Côté français, on se conforte à l'idée que les Allemands "se sentent mal" ; les interrogatoires de déserteurs sont là pour apporter de l’eau au moulin en ce sens.
Le général Pétain a réglé tous les détails de l'opération…
Le transport des unités, venues en renfort de loin, parfois même des Vosges, est effectué de nuit, avec d'infinies précautions, du 16 au 25 septembre.
L'attaque est fixée au 26 septembre.

Dans la nuit du 25 au 26, on relève toutes les unités françaises qui se trouvent encore dans le secteur américain, afin que le général Pershing n’ait pas de souci à se faire quant à l’homogénéité de ses troupes disposées entre l’Argonne et la Meuse.
Le 25 septembre, à 23 heures, une préparation d'artillerie est déclenchée. Les coups sont portés par delà les avant-postes évacués, sur les positions défensives réellement occupées par les Allemands, et, dont le plan d’installation est parfaitement connu des alliés (relevés aériens).
Le 26 septembre, à 5 heures 25, l’infanterie française et américaine se lance à l'assaut. Seuls, les obstacles naturels ralentissent l'élan des assaillants ; les Allemands semblent prostrés dans leurs abris, et, leur artillerie ne réagit que faiblement.
Les objectifs fixés sont enlevés par les Français.
La 22e division française, celle qui a, entre autres, combattu au Chemin-des-Dames, et, dont le général Spire a pris le commandement, s’empare de ce qui reste de la Ferme Navarin ; les divisions françaises des généraux Michel et Schmidt enlèvent brillamment la Butte de Souain et le Mont Muret, au cours de combats acharnés.
Le 363e régiment d'infanterie, de la division du général Leboucq, conquiert les hauteurs de la rive nord de la Dormoise.
Ce jour-là, l'armée française du général Gouraud fait prisonniers 13.000 Allemands. Elle met également la main sur 300 canons, alors qu’elle porte le front à 5 à 6 kilomètres en avant, en direction du Nord.
Les chars d'assaut français, notamment les FT17 Renault, ont répondu à toutes les espérances.


Les Américains ont pour leur part progressé de manière remarquable, eux aussi ; ils ont, en  profondeur, investi les territoires antérieurement occupés par les Allemands.
Le 27 Septembre est une rude journée de combat. Se sentant en danger du côté de Mézières, Le général allemand von Einem fait appel, après avoir mis en ligne ses dernières réserves, à des renforts, auprès de Ludendorff qui accède à sa demande.
Côté artillerie, les Allemands, pour une fois, pêchent par excès de prudence, au bénéfice des Alliés. Les pièces d’artillerie ont été postées tellement en arrière du front, qu’elles ne peuvent efficacement entrer en action pour soutenir leur infanterie débordée de toute part.
Les Allemands bénéficient toutefois d'innombrables mitrailleuses savamment dissimulées, et, qui entrent en action au dernier moment, lorsque les Français sont à portée de tir immédiat.
Le 28 septembre, le général Gouraud est renforcé sur son aile gauche par des éléments du 4e Corps d'armée français qui, malgré une résistance extrême de la part des Allemands, s'emparent d’Auberive. De manière générale, l'ennemi s’est ressaisi ; les effets de son artillerie deviennent de plus en plus meurtriers.
Les conditions météorologiques deviennent mauvaises ; la pluie commence à tomber en abondance. Le terrain crayeux de la Champagne, gorgé d’eau, se transforme très vite en un bourbier profond, dans lequel les assaillants éprouvent les plus grandes difficultés pour avancer ou déplacer leur artillerie.
Durant cinq jours d’offensive, les Armées de Gouraud et de Pershing ont réussi à progresser de 12 kilomètres en s'enfonçant dans le dispositif ennemi. Pendant ce temps Reims est désenclavé, et, cela, pour la première fois depuis 1914...


Franck-René ROUMAJON est tué le 26 septembre 1918, à l'âge de 20 ans, dans ces combats de Champagne, à Fontaine-en-Dormois.


Il est cité à l’ordre du jour n°670 du régiment le 21 octobre 1918 : « Brave et excellent soldat, très courageux. Tué en montant à l'assaut d’une position ennemie au cours des opérations du 26 septembre 1918 ». Il reçoit alors la Croix de Guerre avec une étoile en bronze. Il est aussi décoré de la Médaille militaire. Il figure sur le Monument aux Morts ainsi que sur le Livre d’Or de Tornac. Il figure aussi sur la stèle du Temple de Tornac.


Sa famille a fait poser une plaque personnelle avec sa photo sur le Monument aux Morts de Tornac.

A suivre…